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Nous assistons aujourd’hui à une transformation des dispositifs de formation traditionnels vers de nouveaux dispositifs hybrides intégrant de nouvelles dimensions innovantes et mêlant à la fois les modes présentiels et distanciels. Pour que ces dispositifs hybrides soient réellement efficients et opérationnels, certains points sont essentiels pour les entreprises. Décryptage avec Yannig Raffenel et Pierre Berthou, deux des fondateurs du Learning Show. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que faut-il faire avant de se lancer dans un dispositif hybride ?

Pierre Berthou :
Il est fondamental de bénéficier d’une bonne vision stratégique. Les dispositifs qui fonctionnent, qu’ils soient hybrides ou non, sont ceux qui sont partagés et qui reposent sur une vision stratégique. La question essentielle est celle de la capacité à se transformer. Il y a un problème structurel chez les acteurs historiques de la formation. Trop d’entreprises avec des chiffres d’affaires trop faibles, des marges réduites et donc une capacité d’investissement limitée pour se transformer. Un des points clés de la réussite est le bon équilibre entre le pédagogique et l’économique. L’entreprise de formation doit se poser les questions suivantes : quel est mon marché ? qu’est-ce que je vends ? comment je le vends ? de quelles compétences ai-je besoin pour proposer des dispositifs hybrides qui fonctionnent ?

En complément, rappelons que réussir la mise en place de formations hybride nécessite d’acquérir de nouveaux savoir -faire comme scénariser et digitaliser des contenus, produire des vidéos, mettre en place du distanciel, animer différemment une formation en présentiel avec le digital…
Les nouvelles formes de pédagogie amènent nécessairement une évolution des compétences et la mise en place d’un nouvel eco-système de partenaires.

Comment réussir un dispositif hybride ?

Yannig Raffenel :
Pour réussir un dispositif hybride, l’entreprise doit prendre le meilleur des deux mondes : du présentiel et du digital. Ce point est fondamental et assure le succès du dispositif.
Cela suppose de réinventer ce que le présentiel a d’essentiel : la dimension de l’émotionnel, de l’expérientiel et de l’événementiel. Si l’entreprise rassemble plusieurs personnes, il est nécessaire qu’il se passe quelque chose : des émotions, des connexions, une situation qui va être fédératrice au sein d’un dispositif qui va durer.
Le meilleur du digital c’est être capable de capter toute sa puissance : se former où on veut, quand on veut, se former sous forme modulaire en fonction de son emploi du temps ou de ses capacités mémorielles, aller chercher des outils différents (vidéo / motion design / dessins…)

Quel type de pédagogie doit-on développer au sein d’un dispositif hybride ?

Yannig Raffenel :
La mise en place de l’apprentissage par le projet est indispensable dans un dispositif hybride. Le projet de formation doit être associé au « learning by doing ». Les apprenants ne veulent plus simplement participer à un apprentissage théorique, ils souhaitent savoir ce qu’ils vont faire de cet apprentissage. La formation n’est pas un objectif en soit, il s’agit plutôt d’une montée en compétences. La question du sens est primordiale.
La pédagogie par le projet est la capacité à pouvoir reconstruire tout le contenu de la formation en donnant, dès le départ aux apprenants un défi à relever qui sera le fil rouge. Il est important de permettre aux apprenants d’expérimenter, de se tromper, de tester… c’est ainsi qu’on nourrit leur appétence à devenir compétent.

Quelle est la part du digital dans la pédagogie ?

Pierre Berthou :
Trop souvent le digital est considéré comme un simple outil. Or, il existe une forte porosité entre l’outil et la pédagogie qui augmente sans cesse. Une partie de la valeur et de l’expertise pédagogique se situe de plus en plus dans le logiciel. Si on observe, par exemple, les solutions s’appuyant sur l’intelligence artificielle, elles ne vont pas générer simplement un process dans l’entreprise ou automatiser une tâche, elles intègrent une expertise que le formateur lui-même ne peut pas délivrer.
L’entreprise doit donc se projeter et s’interroger sur ces nouveaux équilibres entre le savoir-faire des collaborateurs et la plus-value qu’apportent les outils digitaux. Il faut adopter une nouvelle posture par rapport à l’outil digital.

Pourquoi le « social learning » est-il fondamental dans l’ingénierie pédagogique?

Yannig Raffenel :
L’homme est un animal social qui ne peut qu’apprendre par et avec les autres. Seul 6% de la population est en mesure d’apprendre par soi-même avec des ressources qui sont fournies. Au-delà, de ces 6%, il est indispensable de mettre en place du « social learning » : de l’interaction entre les individus pour qu’ils puissent de connaître, échanger, avoir le sentiment d’appartenir à une cohorte de personnes qui, comme eux, suivent le même dispositif et sont confrontés aux mêmes difficultés. Ainsi, ils vont alors pouvoir échanger, poser des questions, demander le l’aide.

Le social learning, qui participe à la motivation des apprenants, revêt différentes formes :
• les forums où l’on peut échanger mais cela ne suffit pas.
• la correction par les pairs : elle permet aux apprenants, qui sont habituellement dans une posture passive, de devenir acteur en donnant leur avis et en corrigeant les autres. L’apprenant est aussi celui qui va pouvoir évaluer au sens positif, faire un retour aux autres. Ils se nourrissent de ce que les autres ont produit.
• le mentorat qui implique de mettre un lien humain, avoir un temps privilégié avec l’apprenant pour voir comment il vit son « voyage pédagogique » et lui faire des apports méthodologiques.

Pierre Berthou :
L’enjeu de la formation, c’est de réussir à créer de la motivation chez les apprenants pour qu’ils puissent s’engager. Les dispositifs hybrides, fonctionnant sur la durée, sollicitent les collaborateurs régulièrement et augmentent le taux d’engagement des apprenants. De même, la certification pour les apprenants peut avoir un impact positif pour beaucoup de publics et permet d’obtenir de bons résultats. Autre élément qui facilite l’engagement et qui peut être facteur de succès : la participation active de l’apprenant au choix de sa formation.